Agenda Saison 2015/16

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Dernier article sur le Jazz Blog de La 52ème

La soulitude du sieur Harris

-- par Jacky Huchet

A SINE, ami des chats, amateur de jazz et de la vie dans tout son éclat, grand pourfendeur du crétinisme ambiant et de la confrérie des faux culs pudibonds.

Le pianiste Gene Harris divise beaucoup plus la critique que le public avisé et ses confrères musiciens. En effet, certains ne lui pardonnent pas le clinquant commercial de sa musique à la fin des années soixante. D'autres ignorent encore plus superbement son retour en grâce artistique à la fin de sa vie. Ainsi, un érudit connu pour son jugement posé, André Clergeat n'hésite pas à écrire: "Son jeu souvent aseptisé, tourné vers le bon chic bon genre, évoque complaisamment le piano bar". Notre homme se donne lui-même le bâton pour se faire battre ! Il arbore, en effet, un visage jovial et guilleret, le menton rehaussé d'une barbiche rassurante de bon prêcheur ; tel un personnage roublard et rusé sorti tout droit d'un roman de Chester Himes, il endosse la posture du maitre du clavier jouant toujours la juste note au moment idéal devant un auditoire conquis d'avance. Il semble donc grand temps de séparer le bon grain de l'ivraie et de livrer un portrait chaleureux mais sans complaisance de ce musicien attachant à plus d'un titre.



Gene Harris (1933-2000), en homme du sud né dans le Michigan, connait ses premières sensations musicales tant avec le gospel que les notes bleues de la musique du diable. Ayant appris le piano dès l'enfance, il fonde avec deux copains, le contrebassiste Andy Simpkins (1932-1999) et le batteur Bill Dowdy (né en 1933) un trio nommé The Three Sounds. Les trois hommes ne sont pas, à l'instar du triumvirat de Georges Arvanitas, les meilleurs instrumentistes de la planète ; toutefois, à force de jouer continuellement ensemble et de bénéficier de l'empathie ambiante, chacun anticipe exactement sur ce que son voisin va jouer. Ce collectif inventif, d'une cohésion à toute épreuve, rappelle dans un genre différent bien sûr le fameux trio de Ahmad Jamal. The Three Sounds écume avec succès la région de Washington puis, après un séjour à New York en 1958 et une écoute enthousiaste de Horace Silver, décroche un contrat phonographique auprès de "Blue Note".

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Le groupe, alors très populaire, va enregistrer de nombreux disques d'excellente facture sur un répertoire de standards, de blues et de quelques compositions be bop. Il y a mise en forme d'arrangements astucieux, plein de surprises et de swing à tour larigot, avec le piano de Gene Harris en cheville ouvrière. Le trio est même sollicité pour accompagner en studio des artistes maison comme Lou Donaldson et Stanley Turrentine. L'apogée se situe en 1962 pour faire face à un inévitable déclin. Certes le nom des Three Sounds s'affiche toujours dans l'actualité mais le changement de maison de disques et surtout de personnel nuit fatalement à cette unité ayant travaillé si durement pour se différencier. A l'aube des années soixante dix, des productions imposantes à base de cuivres, cordes et choeurs se traduisent par l'élaboration d'une mélasse fadasse avant que le courant électrique de forte intensité sonne le tocsin d'un groupe en totale décrépitude.

Gene Harris va alors se retirer un temps du monde musical. Grâce à Ray Brown et au producteur Carl Jefferson des disques "Concord", le jazz assiste à sa résurrection dans la seconde moitié des années quatre vingt. Le grand contrebassiste souhaite, en effet, se délester de son travail de musicien de studio ; il décide donc de monter un trio avec le concours de l'ami Gene et du batteur Jeff Hamilton. Cette formation tourne triomphalement au Japon et enregistre quelques très belles galettes ; pari réussi ! Notre pianiste rencontre en studio, en 1990, inévitablement le petit maitre du "swing revival", le saxophoniste ténor Scott Hamilton. Epaulés par les deux tiers du trio de Oscar Peterson (Herb Ellis à la guitare et ... Ray Brown à la contrebasse) et un ancien pensionnaire du "Count Basie orchestra", le batteur Harold Jones, nos deux lascars swinguent comme larrons en goguette ; "Blues For Gene" est tout simplement un grand morceau de musique de jazz à échelle humaine. A la même époque, le pianiste aime parcourir le monde à la tête d'un big band "The Philip Morris All Stars"; cette phalange sert plus la soupe à quelques individualités chargées de mettre un public dans sa poche que d'étaler de réelles qualités d'ensemble. Pourtant, le premier disque studio, un hommage à Count Basie, laissait percevoir de réelles ambitions ; il va s'en dire que notre magicien du clavier, malgré son amour du blues s'oppose à la parcimonie du jeu du "Kid From Red Bank".

L'ultime décennie de la vie de Gene Harris se révèle la plus accomplie musicalement. En aout 1992, il est le vingt troisième invité à enregistrer en soliste absolu au Maybeck Hall (son unique disque dans cette configuration). Il s'y révèle une fois encore comme un remarquable interprète de blues sachant faire sonner juste la note bleue sans minauderie ; par ailleurs, il délivre des versions "soulfull" de standards et termine brillamment son récital par un hommage à Erroll Garner, modèle de swing et d'humour. Mais, sa grande occupation demeure désormais son retour au premier plan à la tête d'un petit comité régulier. Il tente d'abord une expérience en studio avec l'album "Listen here!". Avec un quartet dont l'ossature est assurée par le trio de Ray Brown augmenté de la guitare de Ron Eschete, il trouve d'emblée le dosage idéal entre blues, grands thèmes revivifiés de la chanson et quelques originaux. La grande nouveauté réside désormais dans le fait que deux solistes se partagent la vedette et encouragent une émulation réciproque. Ray Brown et Jeff Hamilton étant trop demandés à l'extérieur, "Funky Gene" va conserver un combo d'une grande stabilité entre 1991 et 1997, choisissant le contrebassiste Luther Hughes et les batteurs Harold Jones puis Paul Humphrey. Ron Eschete (né en 1948), enfin reconnu à son juste talent, est un homme de dialogue sachant donner idéalement la réplique avec une chaude sonorité et une belle virtuosité généreuse jamais à cours d'idées. Voici, pour émoustiller les oreilles, un jazz de la jubilation qui refuse de se prendre la tête. Il est facile d'imaginer le bonheur pris en studio par la bande des quatre.

Les disques du "Gene Harris Quartet", symbole de sa rédemption créatrice ont été régulièrement bien distribués en France. Pourtant, dans son ensemble, la presse spécialisée a pris le parti de l'indifférence absolue. Si je dois émettre un avis personnel pour un choix cornélien entre plusieurs enregistrements de grand standing, je choisis, sans état d'âme, l'album "At Ste Chapelle Winery" pour l'empathie entre le public et les musiciens.

REPERES DISCOGRAPHIQUES
The Three Sounds - Blue Note présents The 3 Sounds (Blue Note)
Ray Brown - 3 Dimensional  (Concord)
Ray Brown -  Trio with Ralph Moore  (Concord)
Gene Harris / Scott Hamilton - At Last  (Concord)
Gene Harris - At Maybeck Hall  (Concord)
Gene Harris Quartet - At Ste Chapelle Winery  (Concord)

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