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La fille qui jouait du piano Bop

-- par Jacky Huchet


Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la cinquante deuxième rue à New York devient la Mecque du jazz. Sur une longueur d'une centaine de mètres seulement, tel un décor de cinéma, il est possible d'écouter Coleman Hawkins puis traverser l'artère pour le plaisir d'être ébloui par Art Tatum et enfin d'emprunter le chemin inverse et applaudir à tout rompre Erroll Garner et Billie Holiday. A compter de 1947, une pianiste nommée Barbara Carroll va obtenir une juste renommée en écumant les clubs les plus célèbres ("Down Beat", "Three Deuces", "Spotlite" et "The Troubadour").

Inconnue de l'autre côté de l'Atlantique, Barbara Carroll est vite encensée par le célèbre critique Leonard Feather qui la présente comme "la première fille qui joue du piano bop". Engagée plusieurs mois au "Tian Pan Alley", elle présente une musique robuste fortement inspirée par Nat King Cole ; ses partenaires d'élection se nomment Chuck Wayne à la guitare et Clyde Lombardi à la contrebasse. En 1948, elle enregistre avec Benny Goodman et Serge Chaloff et est invité par Bud Powell en personne à participer à un concert donné au "Royal Roost". L'année suivante, un certain Charlie Byrd, futur confident des luxuriantes embardées "bossa nova" de Stan Getz, prend la place de guitariste ; la pianiste grave ses premières traces personnelles pour le compte d'une obscure petite compagnie "Livingstone". Son fan-club inclut de nombreux vocalistes de renom ainsi que Charlie Parker en personne. Voici donc une carrière bien lancée.

Barbara Carroll se présente dès lors à la tête d'un trio avec contrebasse et batterie. Si le poste de percussionniste comporte plusieurs titulaires, en revanche et jusqu'à sa disparition prématurée, le gros violon est tenu par Joe Shulman (1923-1957) qui devient son époux. Cet homme assume, tel un roc, le tempo et rechigne à s'exhiber en soliste ; ancien de l'orchestre militaire de Glenn Miller, il bénéficie d'une excellente réputation dans le milieu, ayant notamment participé à la première séance de "The Birth Of The Cool" de Miles Davis. Barbara Carroll devient rapidement une vedette populaire. Elle enregistre un album pour "Atlantic" en 1951, sept pour "RCA Victor" entre 1953 et 1956 et deux pour "Verve" en 1957. Un superbe dessin rehaussé d'aquarelle pour la pochette de "Lullabies In Rythm" la représente en tenue de soirée noire, le visage longiligne, les cheveux bruns coupés courts, des pendentifs en anneaux aux lobes des oreilles et la bouche rehaussée de rouge à lèvres carmin. Ces années de gloire comptent en prime un passage remarqué à Broadway, en 1953, dans la comédie musicale "Me and Juliet".

Barbara Carroll distille un jeu hautement original. Disposant d'un toucher énergique, elle a assimilé la limpidité du jazz classique à la
Teddy Wilson pour mettre en lumière, avec le meilleur gout, les mélodies et improviser de manière toujours lisible. Elle ne dédaigne pas le jeu en accords et n'hésite pas, parfois, à brutaliser le clavier pour plaquer rageusement des paquets de notes à angle vif. Ca et là, dans les rares compositions personnelles confiées à la cire, l'influence d'un be bop de bon aloi se fait agréablement sentir. Elle puise, toutefois, l'immense majorité de son répertoire dans les chansons de Broadway, possédant ainsi un vivier quasi inépuisable. Elle privilégie les tempos lents et médium où le batteur papillonne le plus souvent aux balais. De temps à autre, elle se risque également à pousser la chansonnette, de qualité cela s'entend ; sa voix bien posée et agréable avec une pointe d'espièglerie ne dégage toutefois pas l'érotisme mutin et acidulé de Blossom Dearie. Néanmoins, Jean Paul Ricard, son meilleur zélateur dans notre contrée, s'emporte carrément en entendant "une voix fascinante, un brin nasillarde, qui embrume une légère raucité".

Alg barbara carrol jpg

Barbara Carroll va connaitre un passage à vide, comme tant d'autres, dans les années soixante. Malgré tout, en 1976, elle enregistre un disque et un seul, l'un de ses meilleurs devenu "collector's", pour "Blue Note"; en pleine époque de la fusion, sa personnalité lui permet de ne pas modifier d'un iota sa musique, faisant ainsi fi des modes. Elle signe ensuite, en 1978, un bail renouvelé pendant vingt quatre ans pour tenir le clavier du prestigieux hôtel "Carlyle" à New York ; à compter de 2002, elle change d'établissement au profit du tout aussi luxueux "Algonquin". Il va s'en dire, que durant cette période, ses prestations relèvent parfois de la routine en fonction de la qualité des spectateurs. Au début du vingt et unième siècle, des producteurs japonais avisés lui permettent de réaliser encore de remarquables disques.

Barbara Carroll a connu une carrière d'une longévité exceptionnelle. Ainsi, en mars 2010, hôte du "Dizzy's", elle enregistre encore et enjolive les standards avec le même élan communicatif et un plaisir jubilatoire intact.

REPERES DISCOGRAPHIQUES
Barbara Carroll trio - complete 1951 - 1956 recordings  (Jazz Connections);
Barbara Carroll trio - plays standards + Funny Face (Fresh Sound).

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